
🏢Heures supplémentaires🏢
À Londres, les éclairages de Bark & Partners se reflètaient sur la Tamise : les bureaux y étaient souvent occupés jusqu’à des heures improbables. Dans cette atmosphère de compétition, deux femmes s’adonnaient à des affrontements indirects, depuis leurs embauches respectives.
Amy, blonde impeccable, tailleur clair, incarnait la collaboratrice modèle. Teresa, plus terne, trimait dans l’ombre en se chargeant des tâches qu’Amy laissait traîner.
La direction avait annoncé des coupes. Deux postes, une seule survivante. Amy pensait la partie gagnée d’avance : sourire calibré, accent français impeccable, photos LinkedIn retouchées. En plus de cela, elle recevait régulièrement des assortiments de chocolats de la part du patron. Teresa, elle, avait d’autres armes : des preuves. Des mails, des chiffres, des traces d’heures supplémentaires non déclarées qu’Amy lui avait fait porter.
Le soir de la réunion décisive, Teresa renversa la table en claquant un terrible dossier dessus. Mister Caldwell, debout derrière son meuble, barbe soigneusement taillée et cheveux attachés, écoutait sa morne employée en présence des douze autres associés principaux. En affaires, il avait la réputation d’être un véritable chien de chasse.
– Voici les heures non déclarées, lâcha Teresa. Voici les signatures qui ne correspondent pas. Voici les déplacements fictifs. Tout est horodaté.
Amy pâlit. Son rouge à lèvres tape-à-l’œil s’effaça comme une vieille croûte qui craquelle.
– C’est un… malentendu, Chester. S’il te plaît, écoute. Tu sais bien que je ne ferais jamais ça.
Le trentenaire promu trop tôt s’appuya sur le noyer, un sourire carnassier sur les lèvres. Il se versa le fond de son thé, presque comme s’il voulait sanctifier la scène.
– On répète souvent que notre secteur professionnel se cannibalise, dit-il, la voix accompagnée d’un zeste d’ironie. On mange nos erreurs, on digère nos compétences, on recycle nos carrières en recettes. C’est la loi du marché, Amy.
La blonde, vacillante, tenta de se raccrocher à ce qui lui restait de prestige.
– Mais… Chester… les chocolats… tu me les envoyais parce que j’étais ton choix, n’est-ce pas ?
Un murmure parcourut la salle. Caldwell haussa un sourcil, amusé.
– En un sens, oui. Mais pas pour le poste que tu espérais. Ta prochaine mission pour l’entreprise sera la dernière.
La malheureuse se tourna vers Teresa, implorante.
– Dis-leur que tu exagères, que tu as inventé tout ça. Teresa, je t’ai toujours aidée…
– Non, Amy. Tu m’as toujours utilisée. Et ce soir, c’est moi qui décide quel genre de travail tu devras accomplir.
Caldwell applaudit doucement, suivi par les associés.
– Parfait. Voilà l’esprit Bark & Partners. Loyauté, efficacité… et le sens du sacrifice.
Des agents de sécurité pénétrèrent dans la pièce et tirèrent Amy par les bras. Elle se débattit vainement, ses protestations se brisant contre le silence compact des carriéristes. La porte du fond s’ouvrit sur une pièce attenante, où une longue table avait été dressée. Des couverts étincelaient sous les lueurs de bougies noires. Un énorme plateau d’argent décorait le centre.
Vide.
Amy fut traînée jusqu’au seuil, ses talons raclant la moquette comme des griffes de tourment.
– VOUS ÊTES FOUS ! JE SUIS LOYALE, JE SUIS BARK & PARTNERS ! JE SUIS PRÊTE À TOUT POUR CETTE FAMILLE ! PRENEZ-LA ELLE, PAS MOI !
Alors qu’elle était fermement maintenue par la prise des molosses, Teresa se pencha et chuchota à l’oreille de sa collègue apeurée.
– Tu participeras à la préparation. C’est la tradition avant chaque séminaire. Rien ne soude une équipe comme un repas partagé.
Caldwell conclut :
– Mesdames, messieurs… voici une contribution qui fait la différence. Pour demeurer au sommet, chez Bark & Partners, nous ne dévorons pas que nos concurrents.



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